Face à la dure réalité des Inuits du Québec.

“De temps en temps, un élève me demande : « Vikie, tu te souviens des massages? Si on prenait 5 minutes à la fin de la période pour relaxer? » 

Un merci sincère à Benoit et Tiphaine pour leur générosité, leur ouverture, leur disponibilité et leur vision positive de notre communauté. J’ai aimé les entendre me faire leur compte rendu quotidien, j’ai aimé voir leur regard, j’ai aimé jouer dans le blizzard avec eux, j’ai apprécié de les côtoyer à l’école. Ils ont donné sans compter aux enfants d’Umiujaq, avant, pendant et après leur visite.” Vikie Brabant.

Ce témoignage qui fait chaud au coeur provient de l’ortho-pédagogue de la petite école d’Umiujaq, communauté Inuit du Nunavik, où, avec ma collègue Tiphaine Poulain, nous avons passé trois semaines.

Le compte-rendu de cette folle aventure !

Avant de partir, on nous avait dit : «Parce que vous croyez arriver à faire quelque chose là-bas ?…» Bien sur que nous le croyions, et les résultats ont dépassé nos espérances.

Cela faisait presque un an que, localement, Vikie Brabant préparait fort efficacement la communauté à notre arrivée, et à peine sortis de l’avion nous étions reconnu et identifié comme les gens de “massage et relaxation”. Un besoin fort, que nous retrouverons lors de nos ateliers.

Des ateliers adaptés.

Ces ateliers, basés sur notre approche du Shiatsu, avaient pour ambition d’amener une vision saine du toucher auprès de la population en générale et des enfants en particulier. Ils utilisaient des exercices de mise en forme du corps, de relaxation et d’apprivoisement au contact respectueux de l’autre.

Ce fut cependant un challenge au niveau logistique. À l’image de la météo, tout peut changer à la dernière minute et se dessine au dernier moment. Nous naviguerons toutefois avec fluidité entre la garderie, l’école et l’infirmerie la journée, le gymnase en soirée. Nous avons vite pris le rythme local, à la fois lent et chargé !
Des bébés à leurs mamans, en passant par le primaire et le secondaire, c’est tout une communauté qui découvre un mot nouveau pour eux ; massage n’a en effet pas son équivalent en inuktitut. Leurs mains par contre laissent penser le contraire : les participants font preuve d’une belle qualité de toucher, amplifiée par leur présence et leur belle écoute.

De la garderie à l’école, en passant par l’infirmerie, les bébés…

  • Les enfants sont curieux et attentifs, en demande de nos ateliers qui alternent entre approches yin – relaxation et visualisation – et yang – mouvement, équilibre et déblocage articulaire. Les enfants veulent relaxer, se masser, et ressentent les bienfaits des mouvements.
    — Les éducatrices de la garderie sont remarquables et bel et bien dans leur hara, présentes aux enfants qui sont calmes et respectueux. C’est parfait pour accompagner notre histoire des Z’animaux, inspirée du Shiatsu et des 5 éléments de la Médecine Chinoise Traditionnelle.
  • Les enseignants ont eux une lourde tache, l’école étant comme ailleurs récipiendaire des malaises environnants, mais la majorité nous accueillent avec intérêt dans leurs classes.
  • Les infirmières ont quand à elles été en demande de techniques de massothérapie, et nous nous sommes fait un plaisir de partager là encore notre approche du Shiatsu.
  • Certains soirs était offert un atelier d’éveil corporel et de relaxation ouvert à tous, au gymnase, prêté par l’école.
  • Une autre fois, les jeunes mamans sont venues nombreuses vêtues de leurs beaux amautis à un premier atelier de massage pour leurs bébés. Une fille nous a alors dit vouloir être un bébé pour recevoir un massage !

C’est un grand plaisir pour nous que d’avoir ressenti autant d’intérêt et d’éveil envers le Shiatsu et ses déclinaisons créatives.

On goute la vie locale !

Entre toutes ces activités, nous avons pris le temps d’apprécier les paysages, ses subtiles teintes de gris et les percées de soleil, l’horizon de la toundra ou de la baie d’Hudson, les virées à pieds et en skidoo, les délicieuses canneberges cachées comme les ours bruns sous la neige. On apprend à repérer les lagopèdes – oiseaux blancs sur neige blanche, on scrute dans le paysage renards, lapins et écureuils, on écoute les histoires d’ours polaires et de loups en espérant ne pas en croiser en balade, alors que nous guettons le lapin qui resterait en dessous de notre maison. En plus de son intérêt commun au Shiatsu, notre duo partage le gout de la cuisine, autant dire qu’on ne s’ennuie pas une seconde, même quand les blizzards figent toute la ville.

Des belles surprises dans un contexte difficile.

Notre dernier atelier ne fut pas le moins étonnant, loin de là ! En fin de vendredi après-midi, nous rejoignons les “IPL” (Individual Path of Learning), petit groupe d’ados autour de 17 ans, décrocheurs ou en difficulté scolaire. À notre arrivée il y a trois semaines, leur enseignante nous avait pourtant dit, dubitative, “si vous pensez faire quelque chose avec eux…”

Et ces jeunes furent parmi les plus attentifs, participatifs et reconnaissants ! Nous avons partagé avec eux quelques mouvements, jeux d’équilibre, et nous sommes mutuellement massés façon Shiatsu.

Une des nombreuses belles surprises de ce voyage. Car pour qui connaît le passé de ces jeunes, ici parfois jeunes parents, comme leurs démêlées présentes, et le contexte global du Nunavik, notre récit positif peut sembler surprenant.

Effectivement, les coups échangés entre les enfants, en maternelle comme au secondaire, et certaines attitudes individuelles ou de groupe laissent entrevoir des aspects bien plus sombres auxquels les profs sont quant à eux confrontés.

En bilan

Plus que de voir des jeunes grimper en haut des armoires, ce que nous retiendrons c’est leur ouverture à découvrir des mouvements qui font du bien, relaxent, stimulent et favorisent la cohésion de groupe. Nous les avons, parfois plus facilement que d’autres, trouvés participatifs et enthousiastes à la découverte. Et si les coups sont une habitude, il est possible même pour les plus agités d’obtenir d’eux un contact et un toucher sain et agréable. Une chose est bien clair : ils aiment le massage, comprennent et ressentent les bienfaits de la relaxation en mouvement ou imagée, ludique et apaisante… et ils en en redemandent ! On est loin de la frénésie et de l’attitude dédaigneuse du “sud” 😉

Un bilan confirmé par les profs avec qui nous avons le plus travaillé. Bouger, s’arrêter le temps d’une respiration en mouvement ou d’un étirement relaxant, un peu mais souvent, apporte calme et relaxation au sein de la classe. Des petits mouvements simples ont de grandes résonances. Le langage corporel est de plus un bel atout quand l’iniktitut est relégué derrière l’anglais ou un français pour le moins hésitant. Un des nombreux aspects de l’écart entre les Inuits et les Blancs du sud…

Tant que ça !?

En regardant trois semaines en arrière, on s’étonne de compter pas moins de 50 ateliers répartis entre 12 classes (entre une et 6 visites par classes), avec, en plus, un atelier spécialisé pour les infirmières, deux pour les enseignants, deux ouverts à tous, deux autres pour les mamans et leurs bébés… Cela reste une première rencontre, une prise de contact avec une communauté qui a son rythme, son mode de vie…

En résumé, ces trois bonnes semaines furent bien dynamiques, malgré le sentiment d’un temps qui s’étend dans cet éloignement, d’un agenda adapté à la météo, sans parler des balades dans la toundra, dans une caisse à l’arrière du Skidoo ou sur deux pattes, sous le ciel bleu ou bercés par le blizzard… On reste le cœur heureux, curieux d’imaginer comment continueront à se diffuser au sein de la communauté les bienfaits de notre approche du Shiatsu, de nos histoires d’animaux pour les plus petits inspirés de la Médecine Chinoise Traditionnelle, aux mouvements tantôt yin tantôt yang, pour petits et grands…

De voir une photo sur Facebook d’une maman inuit qui masse son bébé, de savoir qu’une enfant a demandé récemment s’il y aurait d’autres ateliers de massage dans la classe, de lire les commentaires des enseignants suite au projet, de revoir les photos, quel plaisir !

Je vous laisse avec ces commentaires, et plein de photos :

  • «Ce projet m’a permis de constater l’impact positif que peut avoir une routine de ce type instaurée de façon quotidienne au sein d’une classe. Les élèves reconnaissent des mouvements qui les calment. Ils comprennent plus ce qu’ils ressentent, apprennent à écouter leurs émotions par les vibrations de leur corps.»
  • «La majorité des élèves a participé de façon remarquable.»
  • «Le shiatsu peut permettre aux élèves de trouver les façons de se contrôler, de prévenir les escalades de furie. Je crois qu’il devrait y avoir des enseignants de shiatsu à temps complet dans chaque école du Nunavik!»

Le lien pour encore plus de belles photosDuShiatsuAuNunavik/photos_stream

N’hésitez pas à partager, ça fait chaud au coeur cette aventure ! Et n’hésitez pas à laisser un commentaire !

Benoît

D’après des textes co-écrits avec Tiphaine Poulain.

Consultez le blog de Vikie Brabant.